Isaura Scarlet

Volume
Photographie
Démarche artistique: 

Il y a la grande liberté du jeu à courir dans les bois, vêtu de son costume fantasmagorique.
Faire sa tête de monstre, d’oiseau fou, de démon ou d’alien, de chimère robotique, d’insecte antédiluvien, de bête dragon, de brillantissime squelette, de fée hallucinée.
Voilà, une bande de créateurs, d’inventrices aux imaginations savantes qui bricolent avec un savoir-faire d’exception leurs avatars mythologiques. Des personnages nimbés de fiction scientifique et de contes merveilleux, d’histoires à ne pas dormir la nuit pour hanter la forêt de juillet tel des êtres hors nature. Transcendant leurs frayeurs de marmots, leurs cauchemars de gamines, ils-elles s’appliquent en grand sérieux à fabriquer ces personnages magnifiques dotés de pouvoirs obscurs et de scintillantes luminescences.
Artistes potaches, ils-elles se sont rassemblé-es en atelier de créateurs ; couture, modelage, électronique, photographie, bidouilles ingénieuses, toutes techniques partagées, mises au service d’un grand jeu de rôle où chacun- chacune s’engage en un délire collectif, offre son univers onirique et sa précieuses expérience pratique pour entrer dans la légende de l’autre.
Les costumes à effets très spéciaux sont autant de jouets artistiques, des œuvres prêtes à porter. Car l’objectif et la contrainte sont de créer de véritables vêtements et masques qui seront endossés, mis en mouvement et en jeu ; pas des objets d’exposition fragiles mais bien des habits de scène, la scène de leur théâtre privé. Ils-elles ne se donnent pas en spectacle public, n’amusent pas la galerie, ils-elles s’amusent d’eux même. Leur démarche joyeuse est un ébat éphémère, quand leurs monstres noctambules iront vagabonder dans les taillis. Apparitions improbables, valse-parade entre les arbres insomniaques et les ombres furtives. Ils-elles s’entre-regarderont en une scénographie grandeur nature improvisée, réjouissante, exutoire. Un acte gratuit de fête à rien, un exercice de liberté, la récréation de gosses déguisés en super héros inutiles, rigolos, terrifiants, élégants. Ils-elles auront élaboré, façonné, confectionné, fignolé leurs oripeaux pour un instant jouir d’un carnaval grand-guignolesque et jubilatoire.
Au-delà de l’élan créatif, il y a de l’amitié essentielle là-dedans. Parce que, plus drôle que l’amour, plus légère que le lien familial, plus salutaire que la passion, plus constituante que la relation sociale : l’amitié se scelle par le rire, le jeu, le « sans-gène ». Fabriquer ensemble c’est échanger bien plus que le discours, c’est s’émanciper de l’efficace, c’est faire pour le plaisir de faire, c’est résister à la pression sociale de l’utile et du rentable, s’impliquer dans la beauté du geste, donner pouvoir à l’imaginaire, c’est œuvrer à une politique du partage.
Et puis, regardez ces accoutrements de folie merveilleuse, n’auriez pas vous très très envie de vous en revêtir, enfiler un pardessus irréel et courir par les chemins d’été, hurlant et riant à la lune, laisser un peu échapper votre être fabuleux ? Ouvrir la garde-robes des affreux jojos, se travestir de rêves et partir en mascarade, le temps d’une nuit se sentir autrement vivant…