André.M

Peinture
Démarche artistique: 

Le travail de Mathilde André raconte un duel sans fin entre des forces qui emprisonnent et des forces qui libèrent.
D’un côté, les injonctions depuis la petite enfance : « ce n’est pas comme ça qu’il faut faire », « ce n’est pas comme ça qu’il faut écrire », « ce n’est pas comme ça qu’il faut parler », « ce n’est pas comme ça qu’il faut être ». Codes sociaux, codes académiques, codes du langage, codes génétiques, codes, codes, codes. « Applique du scotch pour ne pas déborder - même quand tu appliques du scotch, tu débordes – quoi que tu fasses, tu déborderas toujours ». « N’associe pas ce rouge-ci et ce bleu-là ». L’artiste se cogne contre un espace dans lequel elle n’a pas de repères, contre un espace qu’elle ne maîtrise pas. Un renvoi sans cesse à sa dyslexie. De l’autre, le besoin irrépressible de survivre en tant qu’entité créatrice. Que se passe t’il quand on enfreint les règles, quant on sort du cadre ? Est-on capable de défier les regards durs, les jugements définitifs, et surtout défier ses propres mécanismes de pensée ? Est-il possible seulement de se libérer quand on est à ce point et depuis si longtemps prisonnier des codes et des cases ? Si l’on supprime les repères, reste-t-il un espace dans lequel on peut naviguer ? L’artiste laisse exprimer la force des émotions, la force de l’instinct. Des couleurs surgissent, des bleus surtout, dans lequel l’artiste navigue, s’affirme, semble trouver une place. Les réalisations révèlent une violence froide, une agressivité maîtrisée, qui ne laisse que peu d’espoir à une libération. Une petite lueur, mince, est pourtant là. L’artiste aime citer Louise Bourgeois : « la couleur est plus forte que le langage ». Peu à peu, les œuvres s’éclairent, se font plus apaisantes et laissent émerger davantage de sérénité. Les couleurs en disent bien plus que les formes. Elles donnent la forme, elles donnent le tempo, elles sont le moment, elles sont le mouvement, elles vibrent. Et en dépit des croyances, elles peuvent toutes s’associer. Mais le résultat est sans appel : les cicatrices restent, les repères graphiques sont omniprésents et rappellent les arts primaires, la répétition des motifs illustre cet attachement à cet espace cartésien que l’artiste cherchait à fuir. L’équilibre est fragile.
Sylvain Mayer